DELAUNAY et THUILLIER

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Plaque en marbre déposée au musée des Sapeurs-Pompiers de Montville

 

Edouard DELAUNAYEdouard DELAUNAY

Coll. Danièle Cauchois.  

 

Edouard Clément Alfred DELAUNAY, teinturier, né le 25 octobre 1909 à Rouen au domicile de ses parents 16 rue louis Blanc.

Fils de Louis Alfred (°1875), journalier, et de Angèle Mélia MATOUCHET (°1874), ménagère. Mariés à Sotteville-les-Rouen (Seine-Inf.) le 22 juin 1901.

 

Conseil de révision :

Cheveux chatain-clair - yeux bruns - front haut - nez ordinaire - visage rond taille 1.67m - degré d'instruction : Sait lire et écrire

Exempté du service militaire pour "faiblesse" en 1930, 1931, 1932.

 

Marié à Malaunay (Seine-Inf.) le 16 janvier 1932 avec Germaine Félicie Marie BLANQUET, née le 16 juillet 1899 à St-Etienne-du Rouvray (Seine-Inf.) et décédée à Malaunay le 20 novembre 1937

Dont 1 fille :

Rolande Gabrielle Bernadette, née le 13 septembre 1936 à Malaunay, pupille de la nation, veuve de Jean-Paul DEBRIS

Marié à Monville le 15 avril 1939 avec Marie Louise Ismérie France DELAMOTTE, ouvrière d'usine, née à Auzouville-Auberbosc (Seine-Inf.) le 29 mars 1916 et décédée à Rouen le 8 juillet 1990.

Dont deux fils :

Edouard Marcel Lucien, né le 27 juin 1939 à Monville, pupille de la nation le 22 octobre 1945 et décédé à Village-Neuf (Haut-Rhin) le 20 novembre 1956. 

Jean Claude Roland, né le 7 mars 1942 à Monville, pupille de la nation le 22 octobre 1945. Marié

 

Maintenu exempté par la commission de réforme de Rouen le 27 décembre 1939 et le 1er mai 1940 pour "constitution insufisante"

 

Sapeur-pompier volontaire de Monville depuis le 1er avril 1941.

Domicilié 26 rue Baron Bigot à Monville.

Décédé le 31 mai 1944, rue Herbière, école Catherine-Graindor à Rouen, à L'âge de 35 ans.

 

   MORT AU FEU   

MORT POUR LA FRANCE

 

Transcription du décès à Monville le 1er juillet 1944

 

DelaunayCarré C - tombe n° 150

 

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André THUILLIER

Coll. Paulette Thuillier.  

 

André Marcel THUILLIER, né le 20 août 1916 à Monville

Fils de Louis Hippolyte , ouvrier agricole puis ouvrier d'usine, né à St-Victor-l'Abbaye (Seine-Inf.) le 11 mars 1894, et de Esther Marie Augustine LANIER, ouvrière bobineuse, née à Anceaumeville (Seine-Inf.) le 15 mars 1894. Mariés à Monville le 10 avril 1920.

 

Réside à Fontaine-le-Bourg (Seine-Inf.), hameau du Petit Tendos, au conseil de révision

Cheveux chatain foncé - yeux bruns - front ordinaire - nez moyen - visage ovale - taille 1.67m - degré d'instruction : Sait lire et écrire

Exempté du service militaire pour "faiblesse" en 1937

Inapte à la flotte affecté au 12è chasseurs à cheval

Arrivé au corps le 4 novembre 1938

Aux armées le 2 septembre 1939 - 3è escadron

En convalescence de 20 jours à dater du 25 mai 1940 à Bosc-Guérard-St-Adrien (Seine-Inf.) - se marie pendant sa convalescence (voir ci- dessous)

 

1919 - 1939    Le 12ème Régiment de Chasseurs à cheval tient garnison à Sedan (Ardennes)

Dissous le 12 juin 1940.

amicale-12rch.com

 

Sissone1939 - Camp de Sissonne (Aisne)

Coll. Paulette Thuillier. 

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Carte postale (recto)

Coll. Paulette Thuillier.  

 

Marié à Bosc-Guérard-Saint-Adrien (Seine-Inf.) le 8 juin 1940 avec Bernadette Geneviève DOUYER, tisserande,  née à Isneauville (Seine-Inf.) le 9 octobre 1921 et décédée le 4 janvier 2011 à Bois-Guillaume.

Dont 2 filles :

- Christiane Simone Andrée (1941-2003), pupille de la nation en 1947. Mariée avec Serge L'HERMETTE (1935-2012)

- Paulette Geneviève Yvette (1943-      ), pupille de la nation en 1947. Mariée

 

Démobilisé par le canton de Quincampoix (Seine-Inf.) le 9 septembre 1940

Sapeur-pompier volontaire de Monville depuis le 10 septembre 1942

Domicilié 61 rue Legrelle à Monville

Décédé le 31 mai 1944, rue Herbière, école Catherine Graindor à Rouen, à l'âge de 28 ans.

 

   MORT AU FEU   

MORT POUR LA FRANCE

 

Transcription du décès à Monville le 1er juillet 1944

 

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Carré C - tombe n° 157

Diplome reconstitutionDocument reconstitué d'après l'original

Courdevdip 1946

Document reconstitué d'après l'original

Le 30 mai 1944, la Semaine rouge débutait à Rouen

Le 30 mai 1944, des bombardiers américains venaient bombarder Rouen. Une semaine de bombardements allait suivre, elle a pris le nom de "Semaine rouge".

Le 30 mai 1944, des bombardiers moyens viennent à nouveau bombarder l’agglomération de Rouen, qui est toujours secouée par le raid de grande envergure qui l’a touchée le 19 avril 1944. Cette fois, la ville de Rouen est plus particulièrement touchée par les bombes. Pourquoi ? La réponse à cette question est toute simple. Rouen est un passage qui peut être utilisé par l’armée allemande. Deux ponts sont en service, en plus, le pont aux Anglais permet de faire passer des locomotives. Il faut gêner au maximum l’acheminement des renforts qui se dirigeront d’ici quelques jours vers le front de Normandie, voire les bloquer sur la rive droite de la Seine. Le raid du 19 avril 1944 sur Sotteville-lès-Rouen est un échec puisqu’il n’a pas paralysé le trafic ferroviaire.

Ces vagues de bombardiers, durant les premiers jours de la Semaine rouge, puis des chasseurs-bombardiers vont se succéder et meurtrir davantage Rouen, ruinant le bas de la rue Jeanne d’arc, située pourtant loin des ponts, provoquant d’importants incendies, détruisant l’église Saint Vincent, touchant Saint-Maclou, et même la cathédrale dont la tour Saint-Romain et le portail des Libraires prennent feu… Ces raids tuent aussi, des civils, mais également des pompiers présents en grand nombre dans les rues de Rouen.

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Les trois premières vagues*

 

Faisant suite aux raids des 25, 27 et 28 mai, qui visaient le viaduc d’Eauplet, Rouen est à nouveau victime d’un triple bombardement le 30 mai 1944.

L’alerte est donnée à 11 heures ce mardi 30 mai. Un quart d’heure après, une première vague d’une trentaine d’avions se dirigeant d’est en ouest lâche ses bombes. À partir de 11h27, et pour une durée de 7 minutes, une seconde vague, opérant de la même manière, vide le contenu de ses soutes à bombes sur la ville. Et comme s’il fallait terminer cette triste besogne, un troisième vol vient bombarder une nouvelle fois la cité martyre, de 11h46 à 11h50.

À 13h55, le corps des sapeurs-pompiers de Montville est alerté par un motocycliste du poste central de Rouen. A 14h15, un détachement de 10 hommes sous la conduite du sergent Lapert part pour Rouen. Ce détachement comprend un sergent, un caporal et 8 sapeurs.

« Le trajet s’effectue normalement et nous arrivons au poste central vers 15 heures, lequel nous dirige sur la rue Jeanne-d’Arc et nous attaquons le sinistre », continue le sergent Lapert. Montville mettra également sa motopompe, une Delahaye de 1927, en action.

Deux autres incursions d’avions ont lieu dans le ciel rouennais ce 30 mai. Aussitôt, les alarmes retentissent et les secouristes se mettent à l’abri. Le sapeur qui est affecté à la motopompe la coupe et ceux qui tiennent la lance la lâchent.

Le sergent Lapert note dans son rapport : « La journée du 30 mai se passe normalement ainsi qu’une bonne partie de la matinée du 31 mai. 

Affiche couleur 1

Pompierssaintvincent

31 mai 1944*

 

La lutte contre les flammes dure toute la nuit et le lendemain matin. À 11 heures, une nouvelle alerte aérienne sonne. Elle se termine à 12h40. À nouveau, les avions alliés bombardent Rouen. Le secteur de la rue des charrettes, de la rue Herbière, rue St-Vincent, rue Frigori et rue Jeanne-d’Arc brûle de plus belle.

Le sergent Lapert note : « Vers 11h15, au moment où, notre tâche terminée, nous commençons à ramasser notre matériel pour rejoindre le poste central, l’alerte sonne. Je donne l’ordre à mes hommes de s’éloigner le plus rapidement possible de la zone dangereuse et de se mettre à l’abri des éclats, ce qui fut fait individuellement ou par groupe. »

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Le sergent Lapert entraîne cinq de ses hommes avec lui alors que 4 autres trouvent refuge dans des abris. « Le danger écarté, je rejoins mon emplacement avec mes cinq hommes. Peu de temps après, deux autres hommes me rejoignent. Je suis bloqué sur mon emplacement, les voies étant obstruées par le bombardement », relate le sergent Lapert.

Il continue : « Il est 13 heures, deux de mes hommes ne m’ont pas rejoint, ce sont les sapeurs THUILLIER André (pompier depuis le 10 septembre 1942) et DELAUNAY Edouard (pompier depuis le 1er avril 1941). Nous sommes inquiets et j’effectue quelques recherches, mais sans résultat. Ne sachant pas exactement où pouvaient se trouver ces deux hommes. »

« À 14 heures, je fais remonter le matériel et attaque avec deux grosses lances en direction de la rue de la Vicomté, où le feu a pris à la suite du bombardement. Vers 18 heures, n’ayant plus d’eau, un nouvel emplacement m’est désigné place de la cathédrale, où nous attaquons le sinistre rue Grand-Pont. Les deux hommes sont toujours manquants. À 21 heures nous sommes relevés par un détachement venu de Montville, sous la conduite du sous-lieutenant Beuvant, commandant le corps, auquel je fais part de l’absence des sapeurs THUILLIER et DELAUNAY. « 

Durant tout ce temps, les deux pompiers manquants ont agonisé. Seulement, personne n’aura de réelles certitudes avant le 1er juin. Dans son témoignage paru dans le supplément de Liberté Dimanche du 28 mai 1964, le docteur Paul Hélot, note : Quelques nouvelles de la nuit : vers une heure du matin, les secouristes ont sorti sept vivants de l’école de la rue Herbière ! Là aussi, il y a malheureusement encore plusieurs morts et parmi eux des pompiers d’une commune voisine, celle de Montville. »

Un autre témoignage, paru cette fois dans le Paris Normandie du 27 mai  1964, retranscrit les derniers moments des pompiers. Daniel Fleury se souvenait concernant l’abri de l’école Catherine-Graindor : «  l’abri est sectionné en compartiments par les poutres, les éboulis, la terre, la pierre. Plus loin, c’est le même drame. M. Pléfrêne et sa femme sont séparés. À travers les débris, ils se parlent. Deux sapeurs-pompiers (ceux de Montville), plus loin, demandent qu’on vienne à leurs secours. Ils sont blessés. Ils sont étendus. On ne peut les atteindre. »

Des bruits de pioche se font entendre dans l’abri. À un moment un cri surgit du côté où les pompiers sont retenus prisonniers :

«  - Y’a de l’eau ! »

Daniel Fleury précise : « Ce sont les pompiers qui appellent. L’eau, cette eau qui s’infiltre doucement, colle à leur peau. La terre devient boue. La terreur affole. « Sauvez-nous ! Sauvez-nous ! ». On ne peut pas… ». Roland Lemesle, chef du poste de relais de la défense passive, ajoute : « Je demande la lampe de Dagoury et m’assure si le sol est humide, effectivement le sol était légèrement trempé ; nous pensâmes à quelques conduites d’eau crevées, mais en réalité, le quartier était en proie aux flammes. Les sauveteurs, en essayant d’éteindre les foyers d’incendie, nous inondaient involontairement. J’appris plus tard qu’un puisard, crevé par une bombe contribuait également à nous inonder. Nous ne devons pas être au même niveau que les deux pompiers, car nous les entendons clapoter. »

Le témoignage du docteur Hélot nous livre une vision extérieure à l’abri et décrit tous les moyens mis en œuvre pour tenter de sauver les ensevelis. «  Vers la fin de la journée, les sauveteurs avançaient péniblement dans le dégagement des victimes de la rue Herbière, et l’eau montait dans la cave. Les petites pompes dont nous disposions étaient insuffisantes. On sut, je ne sais par qui, que les allemands possédaient une grosse pompe capable d’épuiser l’eau. Immédiatement, Mlle Gruber et Mme Pradis partirent pour la Feldkommandantur. Elles furent reçues par le Feldkommandant et toutes deux le supplièrent tellement d’envoyer la fameuse pompe rue Herbière, qu’il leur promit qu’elle arriverait rapidement. Elle avait été garée à St-Léger-du-Bourg-Denis. Après plusieurs coups de téléphone, le Kommandant leur dit que la pompe serait rue Herbière dans quelques minutes.

Elle arriva, paraît-il, en effet assez rapidement. Lorsqu’on mit celle-ci en batterie, Mlle Bourgeois déclarait qu’elle avait de l’eau jusqu’au menton. Le niveau commence à baisser, dit-on »

Le récit de Daniel Fleury ajoute une note horrible à la fin du précédent : « les deux hommes clapotent. L’eau monte, elle court sur la poitrine, elle monte encore. Les hommes se débattent. Les lèvres. On les entend cracher. Le nez. C’est le silence… Leur agonie a duré trois interminables minutes. Trois minutes éternelles. »

Il est environ 15h20.

Les pompiers de Montville recevront l’ordre de rentrer chez eux le 2 juin, après s’être portés rue Grand-Pont et rue St-Romain.

Motopompe 1926

Motopompe DELAHAYE 1926

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Musée des sapeurs-pompiers de France

MONTVILLE (76)

Motopompe 1927

Plus de 15 jours pour retrouver les corps*

 

Dans les jours qui suivent ce bombardement, les équipes de secouristes de la Défense passive retirent progressivement les corps des victimes noyées de l’abri de l’école Catherine-Graindor. Parmi ces cadavres figurent aussi des membres de la Défense passive qui s’étaient mis à l’abri.

Le 13 juin 1944. À cette date, les pompiers Delaunay et Thuillier ne sont pas encore dégagés.

Delaunay est sorti de l’abri le 16 juin. Le Lendemain, deux autres cadavres sont extraits de l’abri Catherine-Graindor : le sapeur Thuillier (non identifié par les services de la Défense passive) et une femme.

 

Extraits "Pompiers sous les bombes" - Thierry CHION - Ysec Médias - 2013

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3 JUIN 1984Sur cette photo, la veuve d'André Thuillier

Source : Montville son histoire - Alain POULIN

Rouen : la "semaine rouge" des bombardements il y a 70 ans

Reportage de Jean-Paul Lussault et Myriam Libert pour France 3 Haute-Normandie.

Intervenant : Thierry Chion, journaliste et écrivain auteur de "pompiers sous les bombes" ed.YM

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